Analyse des attentats à l’aéroport d’Ataturk d’Istanbul

La Manchette / Erkan Ozdemir

Comme déjà évoqué dans un réseau social, à l’heure de compter les morts et dans l’attente inespérée de connaître l’organisation lâche qui est à l’origine de cette barbarie, une analyse doit ressortir de ce tohu-bohu.

Je voudrais articuler cet exercice sur quelques éléments phares plus importants que d’autres.

En effet, le fait que la Turquie a toujours été le point de mire historique de beaucoup de nations  occidentales n’a jamais fait l’ombre d’un doute.

La Turquie reste et restera encore très longtemps un pays très convoité. Cette jalousie est attisée par la position géostratégique de ce pays et son histoire. La conquête de 3.400.000 km² ne s’est pas fait sans remous au fur et à mesure du règne de l’Empire Ottoman. Et, l’atteinte des sensibilités de chaque territoire conquis s’est réalisée de manière fatalement crescendo.

Pour en revenir au cas qui nous occupe, les attentats de l’aéroport d’Ataturk n’ont pas tardé suite aux accords de normalisation des relations Turquie-Israël.

L’enterrement de la hache de guerre s’exécute 6 ans après l’assaut meurtrier contre le Mavi Marmara, un navire affrété par une ONG humanitaire turque pour tenter de briser le blocus imposé par Israël à Gaza. Comme tous le savent maintenant, cette flottille a accusé une issue mortifère, ce qui provoqua in fine un dysfonctionnement des échanges financiers entre les deux pays.

Dans cette perspective de normalisation des relations financières, le président Erdogan a, non sans raison, imposé des critères économiques mais surtout de levée partielle du blocus de la bande de Gaza.

Malgré les maigres avancées faites en 2010 en ce sens (par le Conseil de Sécurité des Nations unies) et en 2011 (suite à la révolution égyptienne) dans le but d’alléger de blocus, cette condition est une primeur dans le Proche-Orient.

Par ailleurs, ces accords sont déjà vivement critiqués au sein du parti Likud notamment par l’ancien ministre Gideon Saar qui rejette d’un revers de la main la promesse de Netanyahu de devoir verser 20 millions $ aux familles des victimes de la flottille.

Cette nouvelle entente entre les deux pays révèle évidemment une facette obscure de la médaille quant à son acceptation par des groupes hybrides de terroristes. Le groupuscule des djihadistes du Sinaï (financé majoritairement par Daech) a déjà, à maintes reprises, alerté l’Etat hébreu dans sa propagande télématique dans le sens d’une attaque imminente. Donc, sous réserve d’éléments probants, on pourrait déjà avancer que cet accord Turco-Israélien aurait pu donner un coup de « starter » aux attentats malheureux de l’aéroport d’Istanbul qui se sont perpétrés le lendemain de cette décision bilatérale.

Dès lors, par la même, il existe une faible probabilité que le PKK prenne une quelconque responsabilité de ces attentats.

Par ailleurs, la cible privilégiée du groupe terroriste PKK (travailleurs kurdes) est pour le moment les soldats, la police et la gendarmerie en Turquie.

En outre, trop affairé à se protéger sur le tous les fronts des bombardements et intervention terrestre de la Turquie, le PKK n’a pas vraiment le temps de se rendre compte de la réalité du moment. Nusaybin (Nisibe de la province de Mardin), Cizre et d’autres sont actuellement des villes fantômes désertées par les assaillants terroristes du PKK Syrien (YPG) qui n’ont d’autre alternative que de s’enfoncer plus loin dans les terres Syriennes, notamment à Kameshli ou Hassaké (au-delà de la ligne de la rivière Khabour.

Evidemment, l’Etat Islamique a déjà pris possession dans cette région du nord de la Syrie il y a maintenant belle lurette en raison de l’appartenance religieuse des multiples villages assyriens et surtout en raison de leur histoire importante. D’ailleurs, tout le monde se souvient des images des statues pilonnées par les terroristes à l’aide de matériels de fortune.

On peut aisément rajouter à ces « attentats mémoriels » que le nord de la Syrie constitue aussi le centre névralgique du groupe terroriste Daech à travers notamment la ville de Raqqa. Et que forcément, les terroristes du PKK, non-musulmans, constituent aussi une cible privilégiée de Daech. Tout ceci a d’ailleurs été rapporté à plusieurs reprises par les élus du HDP qui essaient de couvrir « législativement » le PKK.

En d’autres termes, nous pouvons imaginer dans le chef des terroristes de Daech le désir de constituer à travers la rivière de Khabour, une ligne « Maginot » des temps modernes pour éviter toute fuite des réfugiés syriens vers la Turquie qui accuse déjà une migration de plus de 2 millions de personnes en fuite. Le président Erdogan marque d’ailleurs les esprits occidentaux ces derniers temps en avouant qu’il serait judicieux de naturaliser les réfugiés syriens sur le territoire turque. Ce qui augmenterai encore plus le recensement de la population turque (déjà de 80 millions d’habitants) et qui placerait la Turquie en pole position du pays européen le plus peuplé. Tout ceci évidemment est à placer dans le cadre de l’accélération des accords forcés avec l’UE ; accords controversés par plusieurs pays européens comme la France, l’Allemagne, la Belgique et la Grande-Bretagne (feue européenne).

Une autre information arrive sur la table juste après les attentats de l’aéroport d’Istanbul est celle du rapprochement Turco-Russe. Tout ceci a évidemment une odeur d’allier l’utile à l’agréable en renforçant les liens avec l’Arabie saoudite et le Qatar, de grands alliés d’Israël. Ainsi, habillement la Turquie se préserve d’une éventuelle alliance entre les russes et le PKK.

En plus, la suspension de l’énorme projet de Turkish Stream suite à l’incident avec le Su-24 et la disparition de son pilote Oleg Pechkov pourra enfin suivre une procédure de dégel et de normalisation. Il faut garder à l’esprit, dans ce même cadre d’intérêt pétrolier, que la levée des sanctions internationales a mis fin à l’isolation de l’Iran. Donc, forcément, Téhéran relève la tête et cherche à atteindre une vitesse de croisière défiant son éternel rival l’Arabie saoudite sur le marché du pétrole et du gaz.

Il ne faut pas omettre le fait que la Turquie se placera ainsi dans le trio de têtes de pays exportateurs ou facilitateur d’exportation de gaz et de pétrole en faveur du vieux continent, ce qui n’arrange évidemment pas les affaires de l’Ukraine qui reste l’ennemi juré de la Russie.

Tous ces aspects sociaux-économiques auraient pu pousser des groupuscules comme Daech, qui n’a anormalement toujours pas revendiqué les attentats de l’aéroport d’Ataturk, à perpétrer l’irréparable. En effet, Daech a pour habitude de ne pas trop traîner quant à sa revendication dans une quelconque barbarie. Ce qui pourrait induire à penser qu’il pourrait s’agir d’une ramification indépendante du ce groupe de terroristes.

Enfin, la Turquie n’a pas tardé à réagir positivement en réactivant très vite la capacité totale de son aéroport et en inaugurant le nouveau pont Osmangazi reliant la rive Istanbul à celle en direction d’Izmir.

Il va sans dire que les négociations Turquie-EU vont s’accroitre suite au Brexit qui constitue un véritable fiasco européen et qui divise actuellement l’Angleterre.

Une pensée sur “Analyse des attentats à l’aéroport d’Ataturk d’Istanbul

  • juillet 4, 2016 à 19 h 08 min
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    Excellent commentaire. Je reste étonné que les médias occidentaux n’ont pas parlé de cette levée partielle de l’embargo sur Gaza suite à la pression de la Turquie. Il faut bien reconnaître que les médias occidentaux ont depuis des années fait une propagande anti-Erdogan et changer de posture dans un délais si rapide est impossible pour eux. Espérons qu’à l’avenir, ces médias informeront de manière plus objectives, mais je ne me fais pas d’illusions à ce sujet.

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