Reportage Politique : Olivier Maingain, président du DéFi (fin) ; « Bernard Clerfayt réussit très bien à Schaerbeek à avoir un positionnement d’apaisement. »

« Devenez la force d’apaisement par rapport à ce qui se passe dans votre pays d’origine »

Olivier Maingain

La Manchette: Quid du maintien du cordon sanitaire pour contrecarrer les projets des différents partis séparatistes en Belgique ?

Olivier Maingain : Le MR a pris une lourde responsabilité de former une majorité gouvernementale totalement déséquilibrée où les francophones sont quasiment en otage et où ils n’ont rien à dire. Le MR se satisfait de l’apparence d’avoir un premier ministre mais le vrai meneur de cette majorité c’est De Wever et la politique gouvernementale qui est menée est totalement celle de la NVA.

D’ailleurs, le CD&V commence aussi à avoir des états d’âme sur cette omniprésence de la NVA. Alors, la NVA fait deux choses au pouvoir :

1/ Elle mène une politique d’affaiblissement de tout ce qui est encore significatif au niveau fédéral. On le voit bien à travers la politique scientifique qui est mise à mal par les ministres NVA.

On le voit aussi bien par la mise en cause d’un certain nombre de services fédéraux de la police fédérale. On croit que Jambon défend les services de sécurité. Jambon est en train de vider certains services de la police fédérale et il est en train d’affaiblir pour renvoyer vers les Régions et des unités décentralisées, ce qui faisait quand même la force de la police fédérale.

Donc, il prépare la logique de la séparation d’un certain nombre de grands corps d’Etat. Donc, il y a un affaiblissement de ce qui peut encore donner naissance à un fédéralisme belge.

2/ Et puis dans le même temps, NVA ne se le cache pas, elle s’est complétement alignée sur les exigences du patronat flamand pour qui la relance économique ne se conçoit qu’en terme de compétitivité des entreprises et pas du tout en termes de pouvoir d’achat, de soutien à la demande intérieure, ce que l’on appelle le soutien au pouvoir d’achat aux ménages mais aussi en soutien aux entreprises pour leurs investissements, au pouvoir public pour leurs investissements aussi.

C’est-à-dire qu’à un moment donné, l’économie peut aussi redémarrer grâce à la politique de la demande intérieure. Et c’est ce qui handicap d’ailleurs la politique belge, le gouvernement n’a mis un sens que sur un aspect de la relance économique : compétitivité des entreprises à tout prix ! et pas du tout de soutien à la demande intérieure. Voilà, c’est un choix économique inspiré très directement par le patronat flamand et le gouvernement ne vit que dans cette optique-là.

Pour ce faire, il faut quand même mettre à mal un ferment de dialogue et d’unité, c’était le dialogue entre les partenaires sociaux qui se retrouvent très affaiblis par l’actuel gouvernement alors que ce dialogue a largement contribué à la prospérité du pays. Pourquoi ? Parce que le dialogue comme le gouvernement a toujours été très respectueux du dialogue entre partenaires sociaux (patrons et syndicats). Les patrons et syndicats élaboraient des accords entre eux en termes de gestion de notamment conflit sociaux et difficultés sociales que généralement les gouvernements acceptaient maintenant c’est fini !

Donc, on a plus la dynamique de la confiance dans le monde de l’entreprise comme on l’avait quand il y avait des ententes entre patrons et syndicats sur le plan des accords interprofessionnels et de secteurs d’activités ou de branches.

Donc, je crois que ce gouvernement et ça c’est aussi le projet de la NVA, tout ce qui affaiblit la force du dialogue entre partenaires sociaux affaiblit aussi la cohésion sociale de Belgique.

La Manchette : Alors peut-on expliquer les faillites de grandes entreprises automobiles flamandes ?

Olivier Maingain : Elles étaient quand même antérieures à toute cette machinerie.

Soyons clair, il y a une industrie manufacturière traditionnelle qui n’a plus sa place dans un certain nombre de pays européens parce que les conditions de production ne sont plus favorables en Europe pour ce type d’industrie : cout de la main d’œuvre et c’est là que je m’inscris contre les choix que fait l’actuel gouvernement, ce n’est pas le salaire des travailleurs et certainement pas le salaire net en poche qui est l’ennemi de la croissance de la compétitivité des entreprises !

Le gouvernement a focalisé tout son débat de la réduction des salaires de la masse salariale. La part des revenus du travail sur l’ensemble des revenus en Belgique est en nette diminution. Ça veut dire qu’aujourd’hui le belge moyen gagne moins qu’hier !

Avec le blocage des salaires déjà sous Di Rupo, saut d’index et maintenant les nouvelles contraintes que le gouvernement met sur la révision de la fameuse loi de 1996 sur la compétitivité de la Belgique est simplement une manière de cadenasser la croissance des salaires.

Le fait que par chance, il y a eu en début d’années un accord interprofessionnel pour donner une petite marge de croissance de salaire. Pourquoi ? Parce que même les patrons ont compris que s’il n’y avait pas un petit effort de motivation qui était donné aux travailleurs alors l’activité économique allait être pénalisée ! donc, au sein du patronat certains se disent que le modèle social belge protégeait les entreprises et est bénéfique à la croissance économique du pays donc certains se disent attention ne nous inscrivons pas dans cette logique d’austérité salariale excessive qui a tout simplement déprimé ceux qui ont tout simplement pour seul revenu le salaire. Le cout de la vie augmente, on est quand même champion de l’inflation en Europe par des mauvais choix économiques du gouvernement et en même temps on devrait bloquer les salaires des travailleurs !

Donc, pour revenir à la démonstration, on a besoin de miser sur des secteurs en termes d’innovation technologique. On ne fera plus du travail chez nous, d’exécution sur la base de produits ou de services que d’autres pays vont offrir à des prix moins élevés. On doit être plus performant et là aussi on doit être performant dans des secteurs de pointe. Il y a des très belles réussites tant en Wallonie qu’en Flandre dans le secteur de la pharmacie, des nanotechnologies, de la biotechnologie, des sciences de la vie, dans la robotique, c’est dans ces secteurs là que nous allons avoir besoin de main d’œuvre et donc d’emploi. Il faut qu’absolument, on en fasse des réussites à grand échelle, il faut que demain on soit des leaders si pas mondiaux mais du moins européen dans certain secteur de nouvelles technologies.

C’est le défi aussi de toute l’Europe par ailleurs. Et je crois que les politiques de soutien à la création d’emploi doivent viser ces secteurs là où les politiques de soutien d’investissement doivent viser ces secteurs-là. Et pour avoir de la main d’œuvre hautement qualifié, il va falloir mieux la payer parce que les USA et les pays émergents offrent des conditions de travail plus favorables à une main d’œuvre très qualifiée.

Le paradoxe que l’on vit en Europe et en Belgique c’est que nos plus qualifiés s’expatrient et par contre nous voyons arriver chez nous ceux qui venant d’Inde (de pays émergents) un niveau de formation élevée mais qui sont payé moins cher pour faire des taches en relation avec des produits ou des services qui sont déjà commercialisés en Europe.

Résultat, c’est que les informaticiens qui ne seront pas à la pointe chez nous, ils se font remplacer par des informaticiens indiens parce qu’on les paie moins cher par une filiale des grandes entreprises en Inde et prestent pour l’Europe.

La Manchette : Pensez-vous que les manifestations de l’organisation terroriste du PKK à Bruxelles-Ville vont avoir un impact sur les communales 2018 ?

Et, mesurez- vous le niveau de dérangement que la communauté turque accuse par cette espèce de soutien indirect à un organisme terrorisme comme le PKK ?

Olivier Maingain : Je ne sais pas quelle peut être l’influence de ces mouvements ou de ces partis dans la vie publique belge. Peut-être que je ne suis pas suffisamment informé de ce qu’ils représentent. Moi ce que je souhaite, c’est que nos élections communales peu importe la commune concernée, se fassent dans cet esprit de dire qu’aujourd’hui ceux qui vivent en Belgique et qui sont citoyens belges (en tous cas qui ont le droit de vote) considèrent que leurs enjeux sont liés à la gestion locale pas en raison de contentieux, de conflits et débats qui seraient importés de leur pays d’origine en Belgique.

Donc, je suis pour la liberté d’expression donc chacun peut trouver son espace d’expression dans notre pays, mais je souhaite que cela ne devienne pas la condition des enjeux électoraux. C’est la Belgique qu’on doit gérer, ce sont les communes que l’on doit gérer et pas les contentieux des pays d’origine.

La Manchette : Parallélisme est plutôt à faire avec les communes de Schaerbeek et Saint-Josse ?

Olivier Maingain : Oui, clairement aucun lien avec Woluwé mais je trouve que Bernard Clerfayt réussi très bien dans sa commune à avoir un positionnement d’apaisement.

Et, il ne cherche pas à exacerber les tensions et je peux encore comprendre que chacun garde son attachement avec son pays d’origine et exprime donc une préférence par rapport aux enjeux politiques de son pays d’origine. Je n’ai aucun problème avec ça, on ne demande pas de couper le citoyen de ses racines !

Mais à un moment donnée, la démarche citoyenne est une démarche de participation à la vie collective du pays où on vit c’est à cela qu’il faut s’atteler. Ce qui m’impressionne beaucoup quand je rencontre des jeunes dits issus de l’immigration et que tous me disent :

« Qu’on cesse de nous considérer comme issus de l’immigration ! Nous sommes nés en Belgique, nous nous sentons belges et nous avons envie de vivre. La conception du partage d’un avenir commun est la base de tout. »

Le plus important est de se distancier du côté passionnel, émotionnel qui est peut être très exacerbée dans le pays d’origine pour jouer un rôle de force apaisante.

Donc, le message que j’aurai à faire passer à tous ceux qui ont une origine turque et qui vivent chez nous : Devenez la force d’apaisement par rapport à ce qui se passe dans votre pays d’origine.

Erkan Ozdemir / La Manchette

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