Attentat islamophobe de Christchuch : « l’auteur présumé a une haine viscérale de la Turquie »

Voici une réflexion pour le moins très pertinente trouvée sur les réseaux sociaux.

Le sujet porte évidemment sur l’analyse du profil du présumé auteur des attentats perpétrés ce vendredi 15 mars 2019.

Evidemment, tout ceci reste, à ce stade de l’enquête pure supputation mais mérite pour le moins une attention particulière, raison pour laquelle nous trouvons bon de la diffuser.

Elle est signé Issa Meyer (profil fb de l’auteur de l’analyse en question) :

« Quelques réflexions sur le profil idéologique du terroriste de Christchurch (Nouvelle-Zélande) :

À la lecture de son manifeste et des inscriptions sur son arme, l’homme n’est pas un déséquilibré (plutôt d’ailleurs un féru d’Histoire) et son idéologie, globalement cohérente, ne vient pas de nulle part; c’est celle de la défense de « l’Europe blanche & chrétienne » partagée ouvertement par un certain nombre d’adhérents en France (la mouvance identitaire) & tacitement par encore plus de figures médiatiques parfois honorées par le pouvoir (de Houellebecq à Zemmour, pour résumer).

En dehors de la thèse du « grand remplacement » dont les médias ont beaucoup parlé (sûrement pour se dédouaner du reste), notons déjà que le terroriste partage au moins un point commun avec les laïcards hystériques français : la haine de la Turquie & en particulier d’Erdogan, qu’il décrit comme un « chef de guerre, leader du plus grand groupe islamique d’Europe » & qu’il appelle à assassiner « lorsqu’il visitera ses soldats ethniques qui occupent l’Europe. » Il appelle aussi les Turcs à se retirer à l’est du Bosphore, à « rendre » Constantinople aux chrétiens & à détruire toutes les mosquées de la ville. Ce symbole semble particulièrement important pour lui puisqu’il y revient plus loin : « Jusqu’à ce que Hagia Sophia soit libérée des minarets, les hommes d’Europe ne seront des hommes que de nom. » Il fait également référence au pape Urbain II, initiateur des croisades, et à la victoire croisée d’Acre en 1189 contre Salahuddîn, puis décrit son acte comme une « revanche contre l’islam pour ses 1300 ans de guerre & de dévastation contre les peuples d’Occident & du monde entier. »

Sur son arme, l’on note aussi quelques références historiques lourdes de sens : en dehors du classique Charles Martel, on trouve pêle-mêle les noms de Milos Obilic (assassin serbe – par traîtrise – du sultan Murad à la bataille du Kosovo en 1389), Sigismond de Luxembourg (fondateur de l’Ordre du Dragon visant à lutter contre l’islam dans les Balkans, écrasé par le sultan Bayezid à la bataille de Nicopolis), Feliks Potocki (haut général polonais célèbre pour ses campagnes contre Ottomans & Tatars), Antonio Bragadin (gouverneur vénitien de Chypre connu pour avoir massacré des pèlerins en route vers le hajj) et Skanderbeg (fameux apostat albanais, ancien commandant janissaire qui retourna ses armes contre les musulmans) ou la date de 1683 (échec du second siège de Vienne ottoman). Sa vision politique et historique (obsédée par le « Turc ») semble ainsi largement influencée par les nationalismes ultra-islamophobes & génocidaires des Balkans, en particulier le nationalisme serbe.

Avant le massacre, il écoutait également la chanson « Bog je Srbin i on će nas čuvati » (« Dieu est un serbe et Il nous protègera »), clip de propagande de miliciens serbes en hommage à Karadzic, grand criminel de guerre responsable du génocide des musulmans de Bosnie, et fait référence à un célèbre meme « Remove the kebab » issu des mêmes milieux. Un analyste note à ce sujet que « le génocide bosniaque est devenu le pilier idéologique majeur & le modèle de la nouvelle extrême-droite identitaire, comme la Shoah auparavant. » Au moins, c’est clair…

Notons également que dans sa stratégie, il appelle ses confrères à privilégier les attaques contre les musulmans car ils sont « le groupe d’envahisseurs le plus haï en Occident et que les attaquer recevra le plus grand niveau de soutien possible. » (Chose sur laquelle il avait au moins partiellement vu juste au regard des nombreuses réactions glorifiant ou sous-estimant la portée de l’attentat, notamment en France) Notons enfin qu’il affirme ne pas haïr les musulmans (quand ils vivent hors d’Europe) mais seulement les convertis, « ces traîtres à leur sang qui tournent le dos à leur héritage, leur culture & leurs traditions » (d’où probablement sa haine particulière des Bosniaques).

En bref, on a ici affaire à des gens avec une idéologie plutôt cohérente, des références historiques soignées & profondément ancrées, une stratégie de la tension réfléchie & assumée, assez loin du cliché rassurant du « beauf redneck » qui se lance dans une ratonnade improvisée après la bière de trop… »

source photo : pixa

Erkan Ozdemir / La Manchette

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